Existe-t-il un intégrisme laïque?

Avertissement : ce texte pourrait paraître offensant et n'est recommandé qu'à des lecteurs et lectrices matures.
Note: Ce texte est maintenant cité sur ce site: http://atheisme.ca/index_fr.html
Le débat a paru également dans le blogue de Richard martineau

Existe-t-il un intégrisme laïque? Le croyant est-il opprimé par la séparation des pouvoirs de la religion et de l'État? Interdire un tribunal religieux est-il une offense à la liberté?

Les religions, spiritualités, ésotérismes, sectes, et autres pensées circulaires érigent une morale et des vertus hors desquelles tout leur est condamnable. C'est leur spécialité.

Les retenir de condamner est-il si condamnable?

Les structures qui en découlent, tout comme leurs représentants, imposent une vérité hors de laquelle tout leur est mensonge et errance, ce qui est une profonde allergie à l'altérité. Rétablir, grâce à la laïcité, le droit d'exister d'autrui, est-il une offense à autrui? Poser la question, c'est y répondre.

La laïcité n'est ni une vertu, ni un concept, ni une vérité, elle n'est rien en soi sinon un espace d'existence et ne s'impose pas; elle n'est que le refus des tyrannies, le rejet du délire, la recherche de l'objectivité, d'une éthique applicable qui ne soit pas une «vérité», mais un outil civilisateur, qui ne se base pas sur des proverbes tout crus pondus il y a des milllénaires, mais sur un esprit critique aiguisé et conscient des réalités contemporaines.

Elle n'est pas un système, ni une religion, ni un regroupement, elle n'a pas de pape, d'iman, de rabbin ou de moine, de décideur, de gourou. Elle est un concensus social. La religiosité n'est jamais un concensus, puisqu'elle se présente comme indiscutable et issue d'une force «supérieure».

L'adoration de Dieu est une bien subtile adoration de soi. L'on érige une réalité qui serait supérieure à autrui, et par son biais, l'on impose notre narcissisme au monde.

La religiosité étant le culte exalté de soi compensant un Moi morcelé, forcément, autrui y est hautement compromis. Elle ne tente de réaliser l'humain que par le biais de «vertus» cloisonnées en concepts irréductibles.

Le croyant ne peut pas vous parler de pertinence ou d'adéquation de votre comportement; il ne vous évaluera qu'en termes de «luxure» ou de «pureté», de «piété» ou d'«impiété», d'«orgueil» ou «d'humilité», de «péchés» ou de «vertus», qu'il nomme «valeurs» alors qu'elles n'en ont aucune, ni sur le plan éthique, ni sur celui de la raison. Orgueil, humilité, luxure, pureté, n'ont pas de sens sur le plan de la raison formelle, ce ne sont que des moyens de réduire autrui à l'esclavage d'une vision du monde qui met celui-ci en péril. Oscillant entre reproches et encensements, jugements et magnanimités, le croyant n'atteint jamais l'objectivité et rate la cible par cinquante lieues ou cinquante psychiatres.

Ne pouvant ainsi s'extirper de la morale, les religiosités n'atteignent jamais l'éthique.

L'Histoire a connu, oublié et reproduit Euthyphron, dit le Saint, qui cherchait à éviter les souillures au lieu d'essayer d'éviter les injustices innombrables qu'il provoquait par sa religiosité!

Les religions ont-elles connu de grands artistes,de grands penseurs, de grands bâtisseurs? Bien sûr! Ô combien ces penseurs, artistes et bâtisseurs auraient été plus grands encore, plus utiles, plus phénoménaux s'ils n'avaient été coincés dans les limites bétonnées de la pensée religieuse!

Les religions, sectes, gourous et autres joyeux drilles cherchent à étouffer la Vie et donc, forcément, ne pouvant y arriver, ils la dressent contre elle-même par la conflictualité. Leurs cimetières sont ô combien plus vastes que leurs jardins! D'autant plus que le jardin est promis pour après. Plus tard, quand les Anges auront des dents. En attendant, souffrons…

Or, l'idée de Dieu est totalement incompatible avec celle de la souffrance; ou il n'existe pas, ou c'est un monstre à abattre.

Pour sortir des abstractions, posons donc la question avec le réalisme des faits : empêcher une bande de gourous d'autoriser des maris à battre leurs femmes à coups de tournevis et de paroles sacrées est-il un mal, une horreur?

Vu ainsi, on reprendra peut-être le sens des réalités en se rappelant où mène le pouvoir religieux.

Le culte est un refuge inassumé de sectaires incapables d'approcher (encore moins, forcément, de saisir) le concept d'empathie autrement que par paraboles inapplicables ou dénaturées et enfermées dans des circonvolutions morales tautologiques. Elles se fixent sur des dogmes et des vérités qui se veulent un absolu en se prétendant détachées des contraintes du monde formel.

Or, il n'est pas possible, d'aucune façon, de fonctionner avec des dogmes et d'en même temps développer son esprit critique et son jugement; c'est l'un, ou c'est l'autre.

La diversité symbolique construit de plus profondes civilisations que la fixité divine, lorsqu'elle est discursive, lancée dans de libres et vivantes dialectiques et non pas adulation figée; les idées évolutives sont de plus efficaces civilisatrices que les visions éteignoires d'un monde constamment étriqué par nos religiosités circonscrites.

Maintenant, évidemment, tomber dans le terrible et dangereux piège de nos haines bien commodes et créer un ennemi global, LES croyants, serait un excès tout aussi déplorable.

Ne pas confondre un concept avec son porteur en ceci que l'on ne traite pas une personne comme on peut traiter ses idées. N'allons pas enfermer les croyants dans des goulags ou des camps de rééducation! Il faut, éthiquement et humainement offrir aux croyants le droit de vivre leur spiritualité dans son ordre de viabilité, c'est-à-dire, dans l'intimité et la discrétion de l'expérience mystique… en attendant qu'ils récupèrent leur esprit critique ;o) Mais leur donner du pouvoir politique et de l'influence dans la dimension sociale est d'une extrême dangerosité. La croyance et tout ce qu'elle contient : morales, dogmes, émerveillements primaires et jugements primates, est réductiviste. Elle ne contient ni construction, ni déconstruction : elle est fixe, plastique, lettre morte. Par cette nature, elle tue la pensée, méprise l'altérité et réduit autrui à des termes moraux ou des sentences morales.

Autrement, clairement et plus simplement dit, laissons la paix aux croyants, mais ne les laissons pas mettre en péril la nôtre.

Repousser les méfaits de ceux qui veulent imposer leur loi n'est jamais imposer sa loi; c'est rétablir la loi.

Refréner la dérive religieuse n'est jamais une dérive; contrer les effets néfastes de la pensée religieuse n'est jamais néfaste; combattre le fanatisme de la religiosité n'est jamais du fanatisme; contrer le crime, n'est pas un crime.

De même, combattre l'intégrisme religieux n'est pas de l'intégrisme. L'association des termes : «intégrisme» et «laïcité» est un non-sens, une formule sans queue ni tête, indéfendable.

Contrer les terribles conséquences de la religion sur la société en répandant l'humanisme, l'éducation, la science, la civilisation, comporte des paradoxes, oui; des orthodoxies, non. De l'intégrité, oui; de l'intégrisme, non.

L'Humanité évoluera et grandira laïque ou périra religieuse.


Samael


COMMENTAIRES
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Un commentaire de : Jean-Pierre Brien

J'ai lu avec intérêt votre intervention, que dans l'ensemble je trouve réfléchie. Seulement, je ne puis m'empêcher d'y noter un parti pris évident, clairement affirmé et pleinement assumé par vous.
Vous prétendez, en gros, qu'il est impossible d'être à la fois croyant et objectif. Et je dois dire à votre décharge que les systèmens religieux n'ont pas beaucoup favorisé la pensée objective, dans leur ensemble ...

Je me dois cependant de relever au moins deux petites failles dans votre propos.

D'abord, vous dites que le croyant ( = généralisation !.. ) ne vous évaluera qu'en termes ( entre autres dualités ) de luxure ou de pureté,d'orgueil et humilité, péché ou vertus ...
... et là, vous enchaînez : ... "qu'il nomme 'valeurs', ALORS QU'ELLES N'EN ONT AUCUNE, ni sur le plan éthique, ni sur le plan de la raison."

Ouf ! L'humilité, la vertu, la pureté, tout cela n'a "aucune valeur" ? Et je suppose, l'amour non plus, la bonté, l'intégrité, le respect, la reconnaissance ... tout ça, c'est de la bouillie pour les chats ?
Étrangement, ça me rappelle ce mot de Staline : "La gratitude, c'est la maladie du chien."
Et aussi, Hitler, qui disait vouloir "libérer l'humanité de ce fléau débilitant qu'est la conscience."

Je me désole déjà de devoir vivre dans un monde où ces valeurs sont régulièrement ridiculisée, foulées au pied, non seulement par des gens comme Hitler ou Staline, ou par toutes sortes de voyous, mais aussi par quantité de gens qui se prétendent croyants ...
... mais quant à vivre dans un monde où ces valeurs seraient carrément interdites, sauf au foyer ou au lieu de culte ... rien que d'y penser, j'en ai froid dans le dos !

Ensuite, à propos de l'intégrisme laïc, vous dites tout bonnement que ce n'est qu'une "fiction" ?..
Je suis d'accord pour dire que la laïcité n'a rien à voir avec de l'intégrisme. Toujours d'accord pour dire qu'un État laïc, une société laïque, na rien d'intégriste.

Mais je fais le distingo entre ce qu'est la laïcité et ( ici, permettez-moi un néologisme de mon cru ) le 'laïcisme'.
C'est-à-dire, le principe commun à tous les "ismes", "istes", y compris l'intégrisme, par opposition à l'intégrité : celui d'imposer aux autres la laïcité qu'on prône.

Vous me reconnaissez le droit d'être croyant ? Excellent ! Seulement, comprenez-vous le sens du mot "croyant" ?
L'intégriste laïciste, c'est celui qui me dit, sans nuance aucune : "ta religion, c'est chez toi, ou au lieu de culte. Partout ailleurs, laisse ta religion de côté."

À première vue, cela peut paraître aller de soi : même Jésus dénonçait les prières ostentatoires des pharisiens aux carrefours les plus fréquentés.
La piété véritable n'a pas à être un spectacle.
Mais il y a autre chose.

Mettez-vous avec moi dans la situation suivante ( et ici, n'oubliez pas, vous jouez un rôle : vous êtes dans la peau d'un croyant sincère ) :
Mes convictions religieuses, d'où qu'elles viennent, de même que les valeurs qui en découlent ( amour, respect pour ma femme ), m'amènent à vouloir lui être fidèle à vie : donc, pas question d'adultère.

Dois-je donc comprendre que, pour vous laïcistes, cela veut dire que vous voulez bien que je sois fidèle à ma femme tant et aussi longtemps que je me trouve chez moi ou au lieu de culte, peut-être même chez des coreligionnaires si ce n'est abuser de vos bonnes dispositions ...
... mais que dès que je mets les pieds dans un espace public, je dois sauter sur la première femme que je croise, puis la suivante, etc., sans en oublier une seule sur tout mon chemin ???
Peut-être même me farcir aussi tous les hommes, puisque ma religion refuse aussi la pratique de l'homosexualité ?

En effet, ce que vous semblez me dire ( je vous en prie, rassurez-moi, si je vous ai mal compris ... ), c'est que, partout ailleurs, je n'aurais plus le droit de respecter les préceptes et valeurs qui me viennent de ma religion.
Et svp, ne me répondez pas que ce genre de chose n'est pas exclusif à la religion, que l'ensemble de la société est d'accord là-dessus, pas besoin d'être croyant, etc. : quand j'observe les moeurs autour de moi, je n'y vois pas un très fort concensus social autour de la fidélité ...
( Tenez, à ce sujet, relisez les commentaires sous ce blogue, l'édition intitulée "un trou de trop" --- à propos, j'y ai glissé le mien ... )

Ne prenez pas mon propos trop personnellement, pour un désaveu ... bon, j'attends juste votre réponse.

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Commentaire de : Samael (sous la forme cette fois bien concrète de l'auteur, André De Sève)
Bonjour M. Brien,

Soyez sans inquiétude; vos questions m'apparaissent bien légitimes, votre réflexion cohérente et certains trous dans mon texte proviennent peut-être du fait que j'ai extrait ce texte d'un autre bien plus long. En fait, je me gratte la tête à me demander comment je vais bien pouvoir synthétiser ces manques en si peu d'espace. Ma faute, donc. Essayons.

Tout d'abord, je comprends bien votre point de vue, ayant été très croyant durant une trentaine d'années. J'ai même prêché. J'ai lu la Bible au complet plus d'une fois et j'ai étudié (entre autres) en morale et en philosophie éthique lorsque j'étais jeune.

Je pense m'être mal exprimé, mais sûrement pas au point que ça vaille une comparaison avec Staline et Hitler; en faisant cela, vous démontrez mon propos en faisant jaillir le fanatique des entrailles du croyant… brièvement, heureusement.

Lorsque je dis «vertus qu'il nomme valeur alors qu'elles n'en ont aucune, ni sur le plan éthique ni sur le plan de la raison», je cherche à rappeler que si la morale est uni (ou bi) dimensionnelle, l'éthique est une forme de morale bien plus réfléchie et mieux adaptée à une société, que des proverbes pondus il y a des millénaires et avalés tout crus comme sacrés encore maintenant.

L'humilité, à mon avis, n'existe que sous la forme de l'humiliation, mais c'est un autre débat; il y a, je pense, une forme plus adéquate de cette tentative de vivre en société : le respect. Plus profond, plus nuancé, plus articulé, plus réalisateur que l'humilité, il relève au lieu d'abattre.

Le revers de l'humilité, l'orgueil, est un véritable jugement infernal porté sur un blessé. Dans les psychologies humanistes, le prétendu orgueil est en fait plutôt la blessure d'un Moi humilié, écrasé, brisé, et dont les morceaux épars tentent de se donner plus d'importance afin de retrouver leur unité. Ce n'est pas une méchanceté, c'est une blessure. En ce sens, je trouve que la psychologie clinique a des apports plus éthiques et plus constructifs que de condamner tout ce qui n'entre pas dans son viseur.

Ainsi, orgueil, luxure, et autres jugements par lesquels la religiosité, en général, méprise, étouffe, tue les blessés de l'existence au lieu de les aider à mieux se porter, ont leurs revers en ces vertus qui, étant issues de «révélations» et de proverbes, n'ont pas la profondeur, la nuance et l'applicabilité d'une vision plus éthique et de valeurs qui soient vraiment constructives.

Il ne s'agit pas de SUPPRIMER les valeurs; mais au contraire, d'épanouir notre dimension éthique.

Je ne pense pas que vous puissiez, sans commettre d'erreur de classification, «supposer» que «dans la même foulée, l'amour n'aurait pas de valeur non plus». Si l'humilité est une forme d'écrasement du Moi et non une valeur, l'amour, lui, est un sentiment, et non pas une valeur non plus, ni une condition morale.

Le sentiment amoureux a une portée éthique fantastique, certes; et peut ainsi enchâsser son action dans une applicabilité (par exemple, faire du bien aux autres, aider les démunis, etc) souhaitable et même, nécessaire; mais ce n'est pas de la morale. C'est un sentiment, de portée et d'application éthiques.

Pour résumer ce point et passer au suivant : la morale est bidimensionnelle : bien-mal, gauche-droite, oui-non. L'éthique est tridimensionnelle en y ajoutant la profondeur, le sentiment, la nuance et la réflexion. Ainsi, lorsque je pourfends la morale, c'est que je crois dépasser le fait de se soumettre à des proverbes binaires que l'on suppose universels et éternels, par, plutôt, la profondeur d'un sentiment et d'une réflexion que l'on appelle l'éthique.

Si vous lisez Piaget et Kohlberg, vous verrez assez vite que ce que l'on appelle «morale», première préhension de la conscience de nos actes sur autrui durant l'enfance, est censée se dépasser après l'âge mental de 8 ans pour progessivement se développer en une éthique moins figée, plus profonde, et conséquemment, aux résultats plus viables et durables.

En ce sens, appliquer une morale toute faite sans réfléchir peut conduire à l'exact contraire de son intention. Par exemple, parce qu'un décret moral édicte que l'homosexualité serait un mal, on va persécuter, voire même porter au rejet et à la mort toute cette portion de l'humanité. Pourquoi? Parce que la morale n'est qu'un tout-en-vrac, une prothèse qui remplace une éthique mature; cette morale qui entend tout valoir exactement de la même façon pour tout le monde est si limitée que le bien qu'elle veut produire s'entache d'un mal équivalent. C'est le destin des choses binaires, où l'on entraîne son contraire.

Si vous vous dites que non, et que vous êtes une personne morale réfléchie, alors peut-être êtes-vous plus éthique et moins moral que vous le pensiez.

Secundo, l'éthique ne serait pas, par le biais de la laïcité, le moyen d'une bande de nazis ou de staliniens de refouler toute qualité humaine au foyer! Vous vous laissez emporter, là :o) Nazis et staliniens étaient tout le contraire de l'éthique; par contre, ils se laissaient guider par des préceptes figés qui avaient tout de la religiosité.

Sortons du démagogique pour revenir dans le raisonnable. La laïcité remet entre les mains seules du croyant le fait de croire en des proverbes et ouvre à la population l'accès à plus de profondeur. Autrement dit, si vous voulez croire qu'une grenouille géante a créé les planètes, décrété que tous les crapauds sont le mal incarné et qu'il faille les exterminer, la laïcité permet à la société de repousser les balises de telles légendes hors de l'exécutif et du politique de la société. Elle permettrait à l'école de ne plus soutenir que «si Grenouille l'a dit c'est vrai donc exterminons les crapauds»; mais elle enseignerait plutôt l'éthique et l'écologie en toute objectivité.

C'est là l'essence de mon propos.

Sur le "laïcisme": l'imposition à autrui de la laïcité, encore une fois, est une fiction; ouvrir l'espace public à tous plutôt que de le livrer à l'interprétation seule d'imams, de curés ou de rabbins est loin d'être un diktat, au contraire, c'est repousser le diktat. Je pense avoir déjà écrit là-dessus.

C'est comme si vous me disiez : "vous n'avez pas le droit de m'empêcher d'imposer mes croyances partout et de limiter mes anathèmes, mes condamnations, mes limitations sociales à ma seule existence, je dois avoir le droit de les répandre".

Si le respect de votre femme, comme vous dites, vous vient seulement d'une morale imposée par une religion, je trouve cela pauvre. S'il vous venait plutôt d'un sentiment sincère, d'une vision éthique, d'une conscience de la valeur d'autrui, il me semble que ce serait bien plus crédible que de dire : «je respecte ma femme parce que ma religion le dit»!

De plus, je vais aller plus loin : c'est un vice de procédure; car AUCUNE religion ne prône le respect des femmes. Si vous croyez que votre religion vous a amené au respect de votre femme, c'est que déjà, vous avez dépassé l'esprit religieux, que vous désobéissez totalement à votre religion et que vous êtes en train de découvrir l'éthique.

De même; contrairement à ce que vous semblez dire (j'ai pu mal interpréter, désolé si c'est le cas), je suis totalement athée et totalement loyal à ma Compagne; pas parce qu'un dieu me l'aurait ordonné, et sans condamner au mépris et à l'enfer ceux et celles qui auraient eu leurs moments de faiblesse! Mais parce que je l'aime immensément, je la respecte, et par humanité, empathie et cohérence (des 'éthismes' sur lesquels planchaient des civilisations athées bien avant la naissance du Christ). Quoi? Ça vous apparaît impossible? On ne pourrait pas être un humain, une personne, avoir des sentiments et une pensée si l'on n'est pas croyant? "Come on", M. Brien…

Au contraire, si ces sentiments sont en vous et que vous les prisez, c'est que vous êtes bien plus autonome et détaché de la religion que vous le croyez. C'est d'ailleurs remarquable: lorsque vous parlez sentiments et humanité, vous êtes ouvert, vous débattez pausément, questionnez de façon pertinente; alors que quand vous faites appel à vos croyances, les injures (Hitler, Staline, etc), la démagogie (la laïcité vous rendrait fidèle à votre femme seulement chez vous??? Ayoye…) surgissent comme le poing d'un imam.

Vous voulez que je vous rassure sur la laïcité (vous dites ceci : " partout ailleurs, je n'aurais plus le droit de respecter les préceptes et valeurs qui me viennent de ma religion")… Concrètement, voici:

- la laïcité ne vous permettrait sûrement pas de décider sur la base de votre religion si oui ou non votre femme a droit au respect ou au fouet; c'est le simple sens humain, l'empathie, l'évidence, l'amour, l'éthique et la loi qui vous obligeraient à respecter votre femme, à ne pas lui planter un tournervis dans le dos sous prétexte que c'est pour son bien! Pendant que la religion débat encore de ce qu'il faut faire avec la femme, comme si c'était un boulet, il y a longtemps que les laïques les respectent parce que ça va de soi!

- la laïcité ne vous permettrait pas de décider s'il faut aimer ou détester les homosexuels : c'est le sens humain, l'éthique et la loi qui vous obligeraient à les respecter comme des êtres vivants à part entière!

L'humanité a besoin de valeurs, là-dessus nous sommes parfaitement d'accord.

Lesquelles? Des proverbes révélés et obligatoires?

Ou une éthique profonde, emplie de sentiment, d'humanité, d'empathie réelle, réfléchie et qui garantit dans la loi que plus personne ne pourra être persécuté, ni sur la base d'une croyance religieuse ou politique, ni pour aucune raison que ce soit?

La laïcité ne serait qu'une expansion formidable de l'empathie. Sans quoi ce ne serait plus de la laïcité; mais une religion de plus.

J'ai été croyant longtemps; je me suis débattu de toutes les manières imaginables pour tenter d'enchâsser l'amour, l'empathie, le respect, etc, dans la pratique religieuse, mais ça ne faisait qu'entrer en contradiction avec elle. J'ai fini par me dire (mais ça, c'est seulement personnel) que Dieu et souffrance sont deux concepts incompatibles, ils ne peuvent exister en même temps; c'est l'un ou l'autre : comme la souffrance extrême existe, c'est l'autre qui n'existe pas ou qui est un monstre à abattre. Le chemin vers l'athéisme venait de s'ouvrir et ce n'est qu'à partir de ce moment que j'ai pu enfin, pleinement, aimer, respecter, écouter, comprendre mes proches et faire du bien autour de moi; ce qui m'était impossible dans le cadre impérialiste de la religion.

Peut-être qu'en bout de ligne, ce ne sont que nos expériences personnelles qui nous forgent, et font de nous selon un certain point de vue : une crapule, un saint, ou tout bonnement, plutôt, un être humain, avec ses faiblesses et ses forces.

Peut-on? Peut-on, svp, tout simplement être des humains, qui tendent vers mieux, vers plus d'harmonie sociale, de meilleurs sentiments envers autrui et soi-même, sans toujours y parvenir? Sans que nos échecs soient dignes des tourments de l'enfer, ou nos succès, d'un paradis flamboyant? Plus raisonnablement, des humains dans une situation humaine dans le contexte de leur planète.

C'est assez difficile à faire quand on nous balance des bibles, des corans, des talmuds qui méprisent à pleines pages tout ce qui constitue un être humain. Pour s'épanouir et aider autrui à se réaliser également, il faut un espace pour se mouvoir, penser, aimer et agir. C'est précisément de cet espace respectueux, doux, réfléchi et profond, que la laïcité entend nous doter.

Portez-vous bien, et merci pour la réflexion!
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Commmentaire de : Martine Blais

Je respecte beaucoup vos analyses André De Sève il en ressort un beau mélange de sagesse, d'instruction et d'humanité!
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Commentaire de : Samael

Merci Mme Blais, je prends cela comme une oasis dans mon désert; mais j'ai aussi des aspects agaçants, comme tout le monde. Par exemple, écrire un million de mots là où vingt suffiraient :o)
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