Harangue salée

Quelqu'un a dit jadis que les peintres et les araignées ont ceci en commun qu'ils exposent leurs toiles durant la même saison. Cette comparaison quelque peu tirée par les cheveux - du pinceau - vise à dénoncer ce rapprochement tout aussi absurde entre littérature et minimalisme.

Nous appelons minimalisme cette étrange mode qui, depuis quelques décennies, veut nous convaincre que la littérature se doit de supprimer adjectif, adverbe, phore et toute poétique. Il est de mise, maintenant, de se contenter d’écrire: «sujet-verbe-complément» afin d’être considéré; on appelle cet effacement de la Vie et de la compétence – ou nivellement par le bas -: «le principe d’économie» ou de «dépouillement». La littérarité au placard. Or, c’est l’Art qu’ainsi l’on dépouille. Nous appelons ce courant : «minimalisme» et croyons qu’il est l’envers de la littérature, qui est à la base science du phore, elle-même fondement de toute poétique.

Nous avons donc pour projet de renverser cette manie par une exagération inverse, le foisonnement; celui-ci poussera la littérature à son point le plus extrême, inversant, voire caricaturant par une écriture d’une densité touffue celle de la facilité et du loisir, mais donnant aussi, par ce fait, une idée des surprenantes possibilités de la langue française. La suite de ce résumé en donnera un exemple.

En effet, voyant notre littérature réduite à l'état de manège, un travail centré, concentré, considéré comme distraction, revenons-en aux cheveux et coupons-les en quatre; la littérature n'est-elle pas le plus grand moteur de l’expression et de l’identité? L'écriture est le sexe de la langue; elle la procrée, la pousse à évoluer, à vivre. Elle en est tout le plaisir.

Je me suis laissé dire, peu passivement par contre, que les oeuvres de fiction sont elles-mêmes preuves que la littérature nous distrait de la réalité. Taquin sophisme! Les mots, les jeux de pensée, les rythmes fous et enchanteurs de l'Oeuvre, performent autrement mieux et plus en profondeur que la grande roue de la Ronde, contrairement à ce que certains veulent nous a)imposer b)exposer c)faire supposer d)opposer e)poser f)toutes ces réponses.

Ne nous passons pas du réel. Nous le sommes! Il en reste toujours un grain, dans l'illusion la plus pathogène comme dans les rêves les plus souverains. Mais, à l'instar d'Artaud qui faisait prédominer le théâtre sur la littérature à cause des jeux de voix, la littérature reprend le flambeau par la ponctuation et les intensiteurs syntagmatiques. Par ses jeux d'intensité, d'intonation écrite, la littérature ouvre des horizons infinis à l'émotion, à la vie. Un sautillement de points; le gel d'une virgule toute attentive, au souffle contenu; le défoulement bienfaisant de l'exclamation; la curiosité de l'interrogation... voilà que l'on transporte les mots au-delà même de leur sens; on touche, d'un doigt électrique, le produit brut extrait des mines de notre phore intérieur.

Nous sommes des parchemineurs.

L'écriture est aussi jeu de plans, visuels parfois quant au récit, auditifs quant au rythme et à la cadence des mots. Voit-on la scène d'un point de vue traditionnel? «Jean marchait avec assurance sur les quais»; ou voit-on cette scène d'en bas, au niveau des chevilles, et avec substance? «Les pas sonnaient sec sur le bois usé des quais...». Y met-on du rythme, une atmosphère? «Jean marchait avec assurance; ses pas sonnaient sèchement sur les quais usés, douteux, chatouillés des ombres fugaces de ce début de soirée.» Élimine-t-on tout décor pour rapprocher les lecteurs-trices de leur intériorité? «Jean était inquiet; son coeur serré n’attendait qu’une présence, un son, pour le rassurer, le rappeler au réel.» Mais, l’éditeur biffera la Vie du récit et corrigera: «Jean marchait sur le quai».  Il en sera bien content.

Mais au diable ce fallacieux usurpateur, ce principe d'économie qui nous interdit, dorénavant, à nous les génémots, tous les adjectifs, adverbes et figures de style! En littérature, on nous interdit maintenant de faire... de la littérature! Mais contre-offensive! Les procédés littéraires renaîtront de par notre ténacité; nos peintures stylistiques sauront bien faire honte aux fades oeuvres contemporaines, aux phrases si courtes, si simples, si dépourvues, qu'elles en sont insignifiantes au sens sémiotique du terme et n'ont pas plus de valeur artistique qu'un article de revue sportive écrit au néolithique par un chasseur de bison.

Je dois cependant l’avouer: je n’ai jamais lu un article écrit au néolothique par un chasseur de bison. J’imagine inhypothétiquement une supposition arbitrairement imaginaire. Toutes mes excuses envers le bison.

Créer un décor, des couleurs, peindre avec les mots, chanter avec des points-virgules et des accents, vivre par des personnages à l'infini! Écrire, vivre! Un écrivain, un écrin vit!

Écrire, c'est aussi s'inscrire, s'ouvrir au rêve, vivre une alterréalité. Pourquoi, pourquoi tant de critiques insistent-ils sur la vraisemblance des récits? Pourquoi ne pas avoir droit à l'impossible, à l'invraisemblable, au droit de créer et de vivre nos univers autrement inaccessibles? Indiana Jones est tout à fait invraisemblable et pourtant fort performant au cinéma… quand on veut bien jouer le jeu.

Mais, plus importante encore, plus essentielle aussi, est la possibilité d'expansion littéraire que nous offrent les préfixes, suffixes, néologismes... Pourquoi ne pas pousser le principe au bout de son potentiel? La langue allemande le fait bien, elle! Si on se donnait le plaisir - et non la peine - de perfectionner sans cesse notre langue, elle ne s'en porterait que mieux. Il suffit d'exagérer un peu pour avoir une idée du potentiel fabuleux de notre langue, de la place que notre littérature pourrait prendre si nous avions confiance en nos moyens. Délirons donc dans un doux baiser franco-culturel; ne gaspillons pas notre solive, mais que notre poutre nous serve d'appui plutôt que de nous la mettre dans l'oeil.

C'est donc en s'éclatant métalangagièrement que nous prendrons conscience de tout ce potentiel! Boutons d'abord les normes hors Francopolis. Que trouvons-nous alors? Hop!

Abîmes! Abîmes sans fond, fond-refoulement, fond-obstacle, fond terrible et sanglant où vont se briser les créateurs s'ils n'explosent pas d'abord de leur délire, avant que n'intervienne le cadre qui fixera à jamais leur oeuvre sur les murs usés des musées! Faut-il donc être enfant de la subnormalité pour surcréer?

Avant la norme, l'illimité. Au-delà des frontières, l'éternel étranger.

Et loin, plus loin encore! Là où dansent les folles étoiles d'un esprit survolté, là où vit le cri, existentielle empoisse, de cet au-delà indéfini, ego-étouffé par les autorités surmises. Une norme, venue trop tôt, de-venue Surmoi.

Sur moi? Je serais donc sous-mis. Voilà donc d'où vient ce délire brut, l'oeuvre première dont les ratures sont les poutres maîtresses. Quand le formalisme s'endort, les neurones densent. Écoutons ce délire, communication inévitable des étranges, soudure malléée, jamais vraiment invisible, mais survisible, vivante, presque cruelle, frisson de sensibilité entre les prolongements d'un rêve vécu intensément en même temps qu'il se dérobe!

Insaisissabilité, anti-borne du réservoir infini de l'idée! Leurre heureux, socle du créé, ou spectaculaire plongée dans l'absolu incréé, despotisme du vouloir derrière lequel se camoufle la survolte, continuelle médiable, camouflage camouflet. Fallait-il emprunter cette surclarté de propos propre à Blanchot qui, génial et irremplaçable spécialiste du mythe obscur, a omis de penser que nous avions créé le mythe du mythe rendu possible par l’oeuvre ouverte et ses échos? Il n'aura pas tenu compte de la relation astructurale entre l'injustice de la censure imposée au mythe et celle du minimalisme qui obscurcit la littérature – et le cerveau du lectorat -... Kronos, par exemple, n’est-il pas, entre autres nombreuses significations, l’archétype du mauvais parentage, de la mort, du temps qui nous est compté? Mythe ou phorie? Figure, ou figure de style? Comme le mythe, la littérature n'est pas fausseté, même dans ses délires les plus fous, puisque toujours, elle renouvelle, réinvente les réalités les plus insoupçonnées. Réexpression, révision, rêve, Neverneverland éternel qui fonde la littérature, sens du futur et intensité des présents niés!

Par la métaphore et le métalangage, nous réinventons le monde, métasymbole, source faisant succéder l'acte au rêve... Le comportement métaphorique ne permet-il pas souvent d'acheminer le rêve vers sa réalisation? La phorie, lieu du sursaut littéraire, transcendance de l'objet dévidé, évolté, ha! métaphore qui coule, charme, forme brouillardeuse et pimentielle, éveil somnolent des raisons de l'illusion... Par cette parole métaphile, l'écrivain s'engage: le verbe devient moteur de l'action; il est, dans toutes ses formes, devenu performatif.

Action! Action! Action de relationnaître, dirais-je en néo-logisant, espèce d'émotionno-caption (émotion ou immotion?), métamorphisme, transperceau des barbelés de la convention, mobilisation des puissances du grand réservoir, abîme insondable où s'ébattent les populations infernales et divines que nous portons enfouies!

La chanson populaire, motionnellement violente, borique, instinctive et, sinon sadique, tout au moins sadienne, n'est-elle pas symbole de ce rôle que nous n'avons pas rempli et qui se déroule, inutile, sans surcréation? Allons-nous laisser la littérature devenir la Métamorphe insipide du prochain millénaire? La discothèque, secret abîme de Sade...

Nous sommes des boîtes de nuit, non d’ennui.

En nous rugit la tonitruance du trémulant refoulé, antre de danse tribale, ivresse des masques, ivrolandes d'une angoisse qui hurle de ne pas être, et veut surgir, déçue de sans cesse sous-gir, éternelle victime, néant conscient, dont la non-existence est la seule forme d'être jusqu'à ce qu'elle soit moulée, pétrie par l'oeuvre qui la fera vivre, s'expandre, ayant trouvé l'un de ses 1000 potentiels visages. Rencontrer ce qui en soi se jouxte et ascende, sous-dépasse, contrevibre, zombie éveillé, golem libéré!

«Tout cela n'est que littérature!» s'écria un jour une douillette. Ô malsaine révolte d'un surmoi devant la survolte! L'intimirime poète victime des mises-en-échec du crime d’une banalité sans prime... L'écriture, comme la lecture, est plus qu'un rêve libre; elle est la transposition du rêve dans un réel alors rendu nouveau. Frisson de fissure qui déclenche et meut, émeut: frissure! De la frissure sur ma ligne, affairé sans poisson, dépêcheur sans victime, portant dans les eaux sa nourriture sans hameçon, nourrissant les abimes qui à leur tour, seront les Muses nourrissantes de la créativité transplosive!

Réussite du couple liberté-travail, création, accouchement des possibles, camouflés mais redoutables, car tout près: happossibles – bon, hem... -, irréels au premier touché, inexistants au rêve premier mais métaprésents, réels à l'après-rêve, retrouvés, consommés, consumés, vécus.

Même traversant le couche-mort du cauchemar, le rêve vit, s'étend, attend, prend à revers, motif de subvie poussant qui au suicide, qui au dépassement, sur l'autre berge, par delà le Styx terrifiant. Révolution, survolution, violation de l'inter rieur, survolition! Dépasser des passés, piétiner Kronos et son or-heure, au-delà des au-delàs encore, derrière ce Styx, toujours plus loin, dans cet effleuve des illusions où le beau-laid se mêle intimement au laid-beau, jusqu’à en produire l’Art.

Le beau de l'île nous usions
Sur le navire, la fuyant
Cherchant ailleurs l'autre fanion
Ne trouve rien, désespérant

La Terre est une boule à mythes. Ce qui n'empêche pas les parasites d'y proliférer... et d’y être lus. Devant la littérature, les plus ignorés sont portés à l'avant-scène et l'implication sociale littéraire crée à partir de la névrose pour produire son équilibre! Vies nerveuses, énergies informelles, les idées de l'inspiraction, meuvent de leur vol-t le moteur créatif, le motif. Comment dire ce souffle inspirateur, enspirateur, aspirateur, conspirateur… parti de l'injuste, qui cherche à produire le meilleur des mondes, à maudire le pire, le pas de l'entité qui vient, la plèvre qui s’agite, mord et gruge, la fièvre qui pince, hurle, couvre l'auteur de ses sueurs, pluies acides afoliantes, de tremblements et l'inonde d'émotions inextriquées, le tout rejaillissant, dégorgé, en feux follets de mots ondulés, consonances émouvantes qui, devant l'artiste apaisé, à leur tour feront vibrer les lectrices citées, les lecteurs moyens, buvant aux sources de l'humanité nue et offerte! Relation amoureuse, inévitable communication sensuelle entre les imaginations de l'écrivant, du lisant, du gisant; contact des sensibles.

Rêve, rêve, cri du vrai, cri du faux - sous-réel - cri de l'intérieur fort - surréel - berge magique où vit la trêve, où l'esprit passe et pose sur la grève le sens secret de son oubli magique, du vent de son Moi qui se lève!

Le fil de soi!

Dans cet idéal, lis tes ratures.

La rature, sublimaction reléguée à la valse des détritus, marque le langage non pensé, astructuré, la surgie inconstante du bassin des tréfonds, déjeux par lesquels se manifestent de nouvelles idées à produire, secrètes, mais sécrétées; monstrueuses, informelles, grossières, porteuses de leur futur splendeur inséminatrice.

La rature! Comme certains savent l'employer, la ployer; reste à la déployer, mais sans raffinement il n'y aura que désastre, inesthétisme, expression, dépression des inachevés crieurs. Imploser, imployer, extraviser, au-delà du mortel, sans l'immortel, amortel. La rature, ce mal littéraire au fond duquel le premier déjet, indésiré, contiendra tous les lapsus, scriptus, dont la gestation mènera à une créature divine, extatique.

La chose inconsciente aspire à être dite; le néant angoissé, le n'être qui veut naître. Elle inspire l'écrivain, qui ex-spire son oeuvre; éspiration indéfinie et constante, le lecteur inspirant l'oeuvre et créant à son tour, puissance spiralittéraire, oeuvre; pivot, pavot dans l'amarre.

Élection de textes, électures. Délectables lectures, délectures! Lecture sans fissure, ratures, erratures de vérités, unification, univision, complicité des parties du tout; le sens, les sens, l'essence, parfois laid sens, parfois sens sûr où, toujours alors, il y a censure, sensible, sans cible, sensitif, sens-idées, sens dessus-dessous.

Donner de la force motionnelle au texte, s'y vivre, s'y entre-épanouir, fracasser l'opacité, traverser l'imperméabilité afin de former l'être et le faire danser, dense! Un roman, une oeuvre, un essai: une danse folle, une valse, une ivresse de sons, d'images, de sensations où la vie se recompose, se redéfinit, où le langage voit se fondre en lui l'entière humanité, matrice nourrissant son embryon apothéotique. Tra_verser, in_verser, dé_verser le flot versatile éternel du verseau de l'informel pour pétrir, sculpter, dans le devenir de l'ego, dans le saut nature-culture!

Dépasser le crétinium espace-temps!

Les enfoirés - ceux qui vivent la foire - ne sont pas ceux qu'on pense. Nous en revenons donc au manège de tantôt, de cette injuste comparaison loisir-minimalisme-livres, qui ne fait plus sens maintenant. Le manège intérieur, valse des mots, brut, ne doit-il pas passer par cet extraordinaire travail de refonte, et de reponte, pour construire comme une tour d'allumettes le squelette qui soutiendra toute l'oeuvre, toute cette petite grande vie, pour lui apprendre à marcher?

En multipliant les têtes de l'hydre langagière, nous élèverons notre capacité de conceptualisation et ferons la distinction entre récréation et recréation. Différence fondamentale entre le loisir, dis-tractif (qui tire au-dehors) et le temps ployé sous le vouloir créateur, centré. Je crois trop en la langue française pour la laisser dormir dans la paix de sapée.

La langue française, notre foison d'or. Jasons, les argots notent.

Deuxième en sa souveraineté aux Amériques, mais potentiellement première, langue française, tu es la première seconde... de l’Expression.

En résumé

Notre philosophie littéraire est la conjonction de trois théories élaborées à l'université par l'auteur:

1. Théorie du foisonnement, ci-haut décrite

Le foisonnement: démonstration exagérée, par l’extrême, du recul dans lequel le minimalisme nous vautre, et démonstration encore que la langue française, porteuse d’un potentiel fabuleux, peut, si nous la pétrissons et jonglons avec elle, devenir source de toutes les expressions que nous portons enfouies et muettes. Antithèse du minimalisme et du principe d'économie littéraire, le foisonnement est un éclatement sans bride, bien que discipliné et consciencieux, du potentiel linguistique et littéraire.

2. Théorie de la tautégonie, ou sémiophore

Procédés littéraires (au sens de Dupriez) travaillant le phore de manière à créer un tissu de sens autour duquel, à la toute fin seulement, une histoire est créée comme levier de ces images littéraires. La tautégonie est la création d'une poétique du sens, émergeant de l'ensemble, transformant l'oeuvre en suroeuvre. C'est le principe de la surconscience de Paul Diel, appliqué à l'art littéraire.

L’odyssée de l’esprit, s’il ne veut se fuir, mais se mouvoir dans les effluves de la Vie, s’effectue dans l’Art, l’écriture et la science réunifiés; dans la poétique du sens. Une poétique du sens capable de mener l’esprit au-delà de lui-même, transcendant le déni, brisant les armures obsolètes et les dogmes falsificateurs, vitalité empoisonnant la fixité morbide. Samael : poison de toute fixité – celui qui voit dans le noir.

Être samaélien, c’est produire une science artistique, où se fond dans une poétique du sens... la passion de la Vie : la biophilie.

L’émixion pacifiante des uniformités congelées, par l’immixion chaleureuse des genres dans une soupe d’altérité reconnue; la production d’un sens-tableau, de la vie comme oeuvre d’art.

L’intertextualité du probiotique avec l’Inachevé; non plus d’éviction au néant, mais intégration polyphonique et dialogique des vivacités complémentaires.

La tautégonie : émergence d’un sens par la cosmogénèse artistique.


Pour voir un sens émerger du chaos, une poétique surgir d’une soupe-alphabet, un paysage se produire dans un prisme coloré, une symphonie se composer dans le bruit des expressions terrifiées, n’est-il pas indispensable de briser les cadres morbides de l’obligation réductiviste, de provoquer l’abondance et non la famine, le foisonnement et non le minimalisme? L’Art est Vie ; couvrir les lilas pour les empêcher de pousser, tel que le veut le monde littéraire, n’est-il pas étouffer l’Art? Ce sont là des questions affirmatives ; l’insitutionalisation des éteignoirs fut une grave entorse au mouvement vital et à l’Art lui-même, le dit principe d’économie n’étant que celui du nihilisme voué à nous avorter dans notre humanité surgissante.

Ainsi, au foisonnement, s'ajoute la tautégonie.

3. Théorie de l'intensité

Sujet de mon mémoire de Maîtrise, mieux creusé depuis, mais par extension, de mon existence entière, l'intensité, c'est la Vie. La Vie, exprimée par intensiteurs, c'est-à-dire par des procédés littéraires en mesure d'exprimer la passion et la force accrue d'une expérience vivante. Présence, contraste, intensiteurs liguistiques, littéraires, sémiotiques, logiques, thématiques, rhétoriques... les moyens des plus simples aux plus élaborés sont mis à contribution pour exprimer l'odeur des lilas, la force de la Vie, le lieu de son contact intime avec le Soi. Non dans une approche religieuse, ésotérique, occulte ou spirituelle, mais dans une forme de biophilie totalement athée, mais capable de transcendance et de surconscience.

La théorie de l'intensité postule bien des choses, mais retenons ici le principal: elle est le procédé du vivant dans l'art littéraire.

Notes: merci aux professeurs de littérature, de français et de philosophie, aux critiques littéraires et aux membres du monde éditorial, vivants, survivants ou regrettés, qui m’ont supporté et aidé dans ma démarche littéraire plutôt que de m’injurier à mort comme les autres (cités dans le désordre par un tirage au hasard): Jacques Allard, Bernard Dupriez, Noël Audet, André Carpentier, Suzanne Lamy, Julia Bettinotti, Louise Courteau, Paul Chamberland, Jean-Phillipe Gervais, Jean-Charles Tanguay, Claude Séguin, Jean-Paul Bélanger et bien sûr mon joyau de grand-père, Charles De Sève. Avec ma plus profonde et passionnée affection.