De la circularité des accusations condescendantes d'une «Droite» un peu confuse


On m'a demandé mon avis par rapport à la campagne haineuse menée contre les démunis, en me soumettant quelques textes trouvés sur des sites de ce que l’on appelle la «nouvelle Droite» (si «Droite» et «Gauche» ont encore un sens), dont plusieurs tirés du Québécois libre.

J'offre au passage mes respects au responsable, dont l'écriture est irréprochable. Si son argumentation l'est moins, ce dont on ne peut l'accuser,  c'est qu'elle n'est pas la sienne, mais plutôt celle d'un discours répété inlassablement depuis les campagnes anti-démunis de la radio des vingt dernières années… et bien avant. Ce discours, loin d'être neuf, commence à montrer des signes de rhumatismes, alors qu'il influence pourtant des myriades de décideurs politiques.

Voyons-le en détails.


Leurs arguments principaux

Ce discours visant à discréditer les personnes assistées sociales tient en six articulations principales :

1. La défense des personnes assistées sociales serait vieillotte, issue d'un discours gauchisant originant des années 1960, discours dépassé que la modernité économique aurait balayé du revers de l'évidence.
2. Il faudrait créer la richesse avant de pouvoir la redistribuer. L'on ne pourrait donc pas se doter de programmes de solidarité sociale efficaces si l'on surtaxe la classe moyenne  de laquelle provient l'argent et si l'on décourage l'intiative privée.
3. Chacun connaîtrait un «BS» évaché qui exploite le système et ne fiche rien, bien assis sur des problèmes de santé imaginaires visant à bien vivre aux frais des payeurs de taxe.
4. La classe moyenne étouffe, elle paie déjà trop, elle se tue au travail et soutient l'existence de tous ceux qui refusent de travailler.
5. La Gauche a échoué, elle a eu sa chance et ne serait pas parvenue à créer l'âge d'or promis.
6. Les groupes de pression de Gauche, ou «lobbys pro-BS» sont si puissants que ceux qui les dénoncent se feraient rabrouer de force et seraient réduits à l'impuissance.

Grosso modo, c'est là le cœur de leur credo.

Analysons-le d'un peu plus près.

Le point 1 est l'aspect le plus vulnérable de leur discours. En soulignant le côté vieillot de la Gauche qui au Québec aurait le haut du pavé depuis quarante immenses années, voilà qu'ils y répondent… en lui substituant des idées vieilles de 250 ans et qui furent les fondations du vieux capitalisme sauvage! L'on y reconnaîtra également des thèmes chers aux prédécesseurs d'Adam Smith… Ciel, ciel, auraient-ils eu peur, eux, de TRAVAILLER, afin d'accoucher d'idées un peu moins moisies?

Si un homme de 250 ans devait se moquer de la vieillesse d'un collègue de 40 ans, l'achat d'un bon miroir serait, en toute convenance, des plus appropriés.

Passons donc à une approche un peu moins loufoque de la problématique, soit, le point 2, qui est présentement, sur l'ensemble des plates-formes politiques, le cœur du débat : créer la richesse avant de pouvoir la redistribuer.

Comment peuvent-ils avancer qu’ils visent à «créer la richesse avant de pouvoir la redistribuer», alors qu'ils précisent être contre le fait de la redistribuer aux démunis qu’ils traitent de parasites à ne pas alimenter? Cette contradiction invalide immédiatement l'argument.

Faut-il vraiment être détenteur d'un post-doctorat pour constater que les pays les plus créateurs de richesses ne la redistribuent pas du tout et sont affligés d'un taux de pauvreté alarmant? Qui oserait avaler pareil appât politique? Ensuite, cette richesse se crée, constamment, chaque jour, mais n’est en rien distribuée! En chacun de ces édéniques endroits vénéré, l'écart entre riches et pauvres s'élargit constamment. L’on crée toujours plus de richesses, alors que l’on sabre outrageusement dans tous les services, publics, sociaux, s’attaquant à tout ce qui n’est pas riche afin de l’écraser.

Bonne nouvelle, d'ailleurs, pour toute la classe moyenne qui se plaint tant d'en être une : elle disparaît, la classe moyenne! Avalée, gobée, en partie par les plus riches, en partie par les plus pauvres, créant deux classes en opposition, sans tampon capable de tamiser le conflit socio-économique. En manipulant l’opinion politique, la suicidaire classe moyenne est amenée  à voter pour tout ce qui la détruira.

Mais qu'appelons-nous donc «classe moyenne»? Les statistiques qui la définissent laissent songeur. C'est comme Dieu; tous les croyants le vénèrent mais personne ne l'a jamais vu. La classe moyenne est en réalité moyennement pauvre ou moyennement riche selon le cas; elle est plus précisément ce que l'on appelait autrefois la petite-bourgeoisie et le prolétariat. Pour éviter de se retrouver coincés à nouveau dans le conflit social, les petits-bourgeois ont modifié la terminologie afin de créer l'illusion d'une problématique qui reste artificielle : UNE classe moyenne, exploitée par les pauvres!

Ce mythe flou et gazeux crée une catégorie de gens qui se plaindront d'être atrocement exploités par les plus pauvres… alors qu'ils en font partie! D'où, pour éviter cette mise en évidence gênante, l'idée de créer une autre division conflictuelle : les travailleurs versus les non-travailleurs, les courageux contre les paresseux.

Cette nouvelle problématique est-elle un autre écran de fumée? Ou se base-t-elle sur des constats précis et réalistes? Pour y répondre, nos rhéteurs républicains ont créé le point 3 : nous connaîtrions «TOUS» de ces paresseux évachés qui vivent aux frais des travailleurs.

«Tous», ça inclut tout le monde, et comme je ne connais personne qui en connaît, on voit apparaître une nouvelle problématique : celle d'un conflit basé sur la perception que l'on a de la réalité sociale des démunis. Plongeons-y donc ensemble et voyons de quoi il en retourne.

Si l'on interroge les plus pauvres, curieusement, on obtient la version contraire : «TOUS» connaîtraient un pauvre que les inspecteurs maltraitent, que des agents mettent à la rue, poussent au suicide, harcèlent, si bien que travailler au noir serait pratiquement impossible.

Comment obtient-on deux versions aussi opposées? Et qui se manifestent TOUTES DEUX en parfaite certitude?

Parce que, pour quelqu'un qui aurait suivi des cours de logique formelle, d'épistémologie et de méthodologie scientifique, toute prémisse basée sur du témoignage n'est absolument pas valide et aboutit à des résultats biaisés! Elle est subjective; on remarque ce qui fait notre affaire et jamais le contraire. On plie notre perception du réel à notre conception du réel. La pensée basée sur les fondations du témoignage, c'est la pensée ésotérique, circulaire, tautologique et qui de plus utilise souvent l'effet Barnum. C'est de la discussion défoulatoire de taverne et en rien, ce type de référents aléatoires n'est valide, ni pour un clan, ni pour le camp adverse!

Le point 3 est conséquemment inutilisable, autant pour un camp que pour l'autre, ceci en supposant qu'il existe vraiment des «camps».

Or, c'est sur ce point 3 que l'on se base pour nourrir toute l'émotivité du débat par laquelle on aboutit à des extrêmes. Des extrêmes haineux, évidemment. Et pendant que les gens se battent, les plus puissants continuent d'empocher SEULS les recettes SANS les redistribuer.

Comment se fat-il, que si longtemps après Machiavel, l'on n'ait pas encore compris de quelle façon nous sommes mis en boîte?

En point 4, conséquence du 3ème, l'on crie que la classe moyenne mythique, presqu'un archétype, étouffe.

Ah oui, beaucoup de gens se sentent, avec raison, économiquement et socialement étouffés.

Mais par qui?

L'étrangleur est placé en haut, et le classé moyen, pour se libérer, rue des pieds,  sur le pauvre placé en-dessous, qu'il considère comme son véritable ennemi. Que faire lorsqu'on nous assassine? Se défendre contre l'assassin, ou assassiner quelqu'un d'autre en même temps pour se défouler de la situation?

Ce sont les scrupules (
ou le quotient) de chacun qui en décident.

Cette situation nous ramène à un point précédent, celui de la disparition progressive de la féerique «classe moyenne», où les petits-bourgeois parviennent à se hisser jusqu'à la bourgeoisie en poussant la classe prolétaire vers la pauvreté complète.

Ainsi, en déblatérant contre les plus pauvres, les presque-riches ont trouvé le moyen de s'attirer la complicité des presque-pauvres, les travailleurs étouffés par des impôts et des taxes qui mangent tous leurs revenus, pour les rendre totalement pauvres, l'argent de leur travail allant se loger dans les poches de ces petits malins qui auront réussi à étouffer toute une classe de gens, à s'emparer de leurs biens, en les poussant à combattre ceux dont ils feront bientôt partie! Ils obtiennent même l'assentiment de bien des communistes qui se sont prononcés dans la défunte UFP contre le «parasitisme des démunis» et vont donc main dans la main avec le «néo-libéralisme» (qui est l'adaptation du vieux capitalisme sauvage dans le contexte de la mondialisation), tout en s’intégrant à un parti de Gauche!

Afin de désarmer ces «petits-prolétaires», les presque-riches vont prétendre que la Gauche a totalement échoué, les privant du moyen politique de se défendre. Mais la Droite, a-t-elle réussi quelque chose de mieux? Ni l'une, ni l'autre ne sont parvenues aux résultats qu'elles recherchaient, non parce qu'elles seraient issues d'idées grossières et mal engagées, mais tout bonnement parce que la tension sociale de l'opposition ne peut laisser espérer de victoire totale et de réalisation entière d'un programme politique à son opposant!

L'opposition, vous savez, ça existe… Il est totalement farfelu d'imaginer que la Gauche ou la Droite parviendrait à se réaliser entièrement. Aucun ne peut «réussir», si par réussite, l'on entend un accord absolu de la société sur un programme, l'unanimité, et l'instauration permanente d'un système politique qui n'entraînerait aucune réprobation! Et tant mieux! La tension sociale est la meilleure garantie que nous avons de voir évoluer les mentalités, d'éviter les dictatures permanentes et de sauver la démocratie!

Pouvons-nous nous entendre sur ce fait que, hors de toute considération de Droite ou de Gauche, il est primordial d'abord de préserver la démocratie et de s'assurer que le débat se poursuive et permette l'évolution des idées? Or, pour préserver la démocratie, il faut des processus démocratiques.

Dans ces processus démocratiques, il y a, inévitablement et nécessairement, des groupes de pression, tant de Gauche que de Droite ou  de Centre et toute autre option. Si le Front de défense des personnes assistées sociales existe, Le Québécois Libre devrait se rappeler que le Conseil du Patronat aussi existe.

Oh! Quel oubli approprié! ;o)

Selon le discours anti-pauvre, les groupes de pression sociaux que l'on caricature sous le nom infantile de «gaugauche» (pourtant, des gens ont conçu un dictionnaire...), seraient tout-puissants. Ils domineraient totalement la société, ouvriraient des ponts d'or aux plus pauvres, pousseraient à la famine, l'impuissance et la guenille le Patronat exploité par ces terribles pirates de l'univers de démunition.

Si les «lobbys» de Gauche (dites, la langue française aussi ça existe…) sont si puissants, comment, ô pâte de gazelle, ont-ils bien pu échouer à faire reconnaître la loi Landry contre l'exclusion et la pauvreté? Comment n'arrivent-ils pas à convaincre la société de la nécessité du revenu de citoyenneté? Comment se fait-il qu'ils ne parviennent pas à sortir de la rue des masses de plus en plus imposantes d'itinérants? Comment se fait-il que la pauvreté progresse aussi vite? Comment cette tout-puissance s'avère-t-elle aussi incapable de gagner ses Causes les plus importantes? Pourquoi les inspecteurs ont-ils encore le pouvoir de harceler autant des bénéficiaires, jusqu'à pousser des gens à l'hospitalisation, plutôt que de se voir réduits à lire la météo sur internet? Drôle de toute-puissance!

Peut-être une vision plus objective mettrait-elle en relief PLUSIEURS groupes de pression, en lutte les uns contre les autres, qui chacun gagnent et perdent des batailles?

L'objectivité est-elle si inconfortable qu'il faille la fuir comme le monstre horrible qu'elle serait, pour se conforter dans nos haines bien commodes? (Cf chapitre 307 du Crépuscule des Anges : Nos haines bien commodes, sur www.flamel.ca).

De ces haines bien commodes sont issus les mépris les plus révélateurs : «loser», disent si souvent de nombreux gens d'affaires en voyant quelque malheureux qui commet le crime de polluer leur regard. Ce mépris, mouvement destructeur s'il en est, en rien constructif, ne fait qu'attiser la haine bien commode que se vouent les humains les plus inhumains. Or, il est étonnamment contradictoire et nous amène à une conclusion spectaculaire du débat.


Conclusion

Voici donc que le prédateur accuse sa victime d'être trop faible, après s'être plaint toute la journée qu'elle est trop forte…

Oh, ce n'est pas là la seule contradiction.

Selon ces extrémistes, le pauvre fait plein d'argent en travaillant au noir, il est paresseux et parasitaire en exploitant le système.

Décidez-vous, s'il travaille, au noir ou pas, il n'est pas paresseux, c'est l'un OU l'autre! Il travaille, ou il ne travaille pas? Si vous n'êtes pas d'accord avec vous-mêmes, votre argumentation est bien mal amorcée

Ensuite, s'il fait plein d'argent, donc il n'est pas pauvre, il est riche, conséquemment, c'est le riche qui exploite le système, et conséquemment bis, celui qui est resté pauvre n'a donc pas exploité le système!

Bonne chance dans le dépoussiérage idéologique... et songeons donc un peu à l'essentiel Revenu de citoyenneté, que jusqu'ici, seul le Parti Vert du Québec a mis officiellement au programme!

Samael.

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